18/02/2009

Le cancer capitaliste de l’OMC s’attaque à un poumon de Genève

bartongrillage.jpgCette semaine, le Municipal de la Ville de Genève débattra d’un projet de loi, transmis par le canton, visant à déclasser la zone inconstructible du parc de l’ancien Bureau international du travail, dans le prolongement du Parc Barton, et à modifier le périmètre légal de protection des rives du lac. Parlant de vue, le parc en question en offre une particulièrement splendide sur le lac. On connaît sa rotonde entourée de grands platanes qui s’avance vers le lac comme la proue d’un navire, ses cèdres géants plus que centenaires, sans parler de ses nombreuses sculptures. Sa liaison avec le jardin botanique a été le dernier maillon d’une promenade de plus de cinq kilomètres au bord du lac.


Privatisation, parkings et bureaux…

Or par le vote prévu du Conseil municipal, ce n’est pas moins de la moitié d’un des plus beaux parcs de Genève qui serait littéralement privatisé, sous prétexte notamment de garantir la sécurité de l’OMC. Un parking de 200 places y serait en outre édifié sous un nouvel immeuble, accueillant plus de 300 bureaux pour des fonctionnaires... au service de la mondialisation capitaliste néolibérale et de l’extension sans rivages des diktats des marchés et du profit.

Dans ce projet inacceptable, seuls 33 malheureux mètres subsisteraient le long du lac pour laisser passer les promeneurs-euses en direction du Jardin botanique. Finies les déambulations bucoliques des citoyen·ne·s genevois admirant librement les perspectives et le panorama, ils-elles se heurteraient aux murs de protection de l’Organisation mondiale du commerce.

Et encore, cela lorsqu’il n’y aura pas de session ou de conférence importante dans les locaux de l’OMC. Car, comme on l’a vu lors des derniers cycles de négociation, la police contrôlait tout ce qui bougeait sur le lac et interdisait précisément le passage sur ces malheureux mètres de rive.

Arrêté bidon socialo-vert

Mais revenons un peu en arrière. En avril 2008, nos camarades ont déposé au Conseil municipal un projet d’arrêté sur cette affaire. Les socialistes et les Verts s’y étaient ralliés dans un premier temps, pour ensuite l’édulcorer et le dénaturer. Nos élu-e-s n’avaient alors pas voulu voter ce texte vidé de sa substance. En effet, notre projet présentait les exigences suivantes :

«  Article premier. Le Conseil administratif veille au respect [....] des intérêts de la population genevoise en maintenant le parc Barton en zone de verdure.

Art. 2. Le préavis défavorable du Conseil administratif dans la législature précédente relatif à toutes constructions sur le site est confirmé.

Art. 3. Les mesures de sécurité imposées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne devront en aucun cas constituer une réduction de la jouissance du parc au public et de l’accès au lac garantis par les dispositions légales en vigueur.

Art. 4. Le Conseil administratif est tenu de défendre auprès des autorités cantonales et fédérales le projet de transfert de l’OMC sur un autre terrain, notamment dans le secteur du Jardin des Nations ou du Grand-Morillon, tel que cela avait déjà été préconisé.»

Au vote final, une majorité du Conseil municipal composée des Verts et des socialistes, appuyé·e·s par des élus de droite et notamment de l’UDC, ont voté – contre nos camarades – le texte suivant:

«  Article premier. Le Conseil administratif veille au respect [...] des intérêts de la population genevoise en maintenant le parc Barton en zone de verdure.

Art. 2. Le Conseil administratif propose l’étude d’une variante de construction en front de rue et négocie une baisse du nombre de places de parc.

Art. 3. Les mesures de sécurité imposées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne devront en aucun cas constituer une réduction de la jouissance du parc au public et de l’accès au lac garanti par les dispositions légales en vigueur.»

Aujourd’hui, le Conseil administratif après avoir tenté de négocier avec l’Etat de Genève et la Confédération, revient avec des miettes; aucune réduction des places de parking, pas de bâtiments le long de la rue de Lausanne, au contraire un nouveau bâtiment serait construit dans l’alignement du bâtiment actuel sur l’emplacement du parking actuel côté Pâquis et réduirait encore les possibilités de traverser la parcelle depuis la rue de Lausanne.

La parole aux citoyen·ne·s

Bref, les engagements de la majorité de circonstance du Conseil municipal sont partis en fumée, sacrifiés sur l’autel du commerce mondial et de la dérégulation…

Et le positionnement du PS ne semble pas près de changer… Contre l’avis de la majorité de la population genevoise qui s’est régulièrement exprimée lors de votations municipales et cantonales pour sauver ses parcs, les socialistes semblent vouloir persister dans leur appui à l’OMC lors des prochains débats municipaux.

Il faut donc nous préparer dès maintenant à une campagne de récolte de signatures à l’appui d’un référendum qui nous permettra de faire valider une nouvelle fois par les citoyen·ne·s l’attachement du peuple de Genève à ses parcs, comme véritables lieux de détente et de convivialité, de pique-nique, de jeux, de délassement, d’avant- et d’arrière-goût de vacances, pour les grands, les petits, les familles... bref des lieux gratuits indispensables à la qualité de la vie urbaine à Genève.

Rappelons enfin au passage que notre camarade Rémy Pagani s’est dès le début distancé clairement et publiquement de la position de l’Exécutif sur cette question. Celui-ci l’a donc dessaisi du dossier, pour le confier à la magistrate du PS Sandrine Salerno. Gageons pourtant que c’est à Rémy Pagani que les citoyen-ne-s donneront raison dans les urnes le moment venu !

Pierre Vanek
http://ge.solidarites.ch

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Article paru dans
le numéro 142
du journal de solidaritéS :

une142.jpg

08:00 Publié dans Genève | Tags : parc barton, omc, genève | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

33 mètres de large, donc, c'est la moitié d'un terrain de foot international ou des Champs Elysées, trottoirs compris.
Ce qui laisse largement de quoi musarder et flâner et même s'allonger sur le gazon, car la partie bitumée, destinée actuellement aux promeneurs et qui le restera est évidemment beaucoup moins large.
En fait, personne aujourd'hui ne va sur les parties qui seront dans le périmètre de sécurité de l'OMC, précisément parce que c'est bien trop près du bâtiment, gazonné et sans intérêt. Ayant habité Bellevue plusieurs années, je traversais le lieu plusieurs fois par mois pour me rendre en ville en vélo et je connais parfaitement les lieux, ce qui n'est apparemment pas votre cas. M. Vaneck.
L'extension du bâtiment se fera sur la partie qui est actuellement bitumée et dévolue à un parking. Il n'y aura pas d'atteinte aux espaces verts.

Par ailleurs, le secret bancaire a du plomb dans l'aile. Vous vous en réjouissez sans doute, et moi aussi dans une certaine mesure. Mais croyez-vous vraiment qu'il soit bien malin de s'en prendre aujourd'hui aux organisations internationales alors que les banques vont avoir fort à faire pour maintenir l'emploi - et payer les impôts qui financent l'assistance publique du canton ?
A moins bien sûr que votre intention, in fine, soit d'engendrer le chaos ultime, pré-révolutionnaire, bien sûr. mais alors, la bonne foi devrait vous pousser à le dire ouvertement au lieu de (mal) vouc dissimuler derrière les arbres de nos parcs...

Écrit par : Philippe Souaille | 19/02/2009

"A moins bien sûr que votre intention, in fine, soit d'engendrer le chaos ultime,"

Un groupe de gauche qui n'a aucune influence sur le devenir de l'économie mondiale ne peut en aucun cas "engendrer le chaos ultime". Ce chaos il est en train de se développer "tout seul", tout à fait logiquement comme conséquence du système économique en vigueur.

Quant à ceux qui veulent réduire la surface des parcs et jardins, ils nous emmerdent. Sauf erreur ces espaces verts ont été donnés à la Ville ou à l'Etat et ils doivent être conservés comme un patrimoine inaliénable.

Écrit par : Johann | 19/02/2009

C'est là où vous faites erreur, Johann, le parc entourant l'OMC est composé de plusieurs parcelles distinctes, dont la principale n'a jamais été destinée à devenir un parc public. C'est le BIT qui a l'époque a commencé à laisser les Genevois venir s'y promener, mais cela reste à bien plaire et n'a jamais été écrit dans les servitudes et les plans du cadastre.
Le GATT, puis l'OMC n'ont pas souhaité changer la chose, mais légalement, s'ils le voulaient, ils le pourraient. De plus la surface des parcs et des jardins n'est pas réduite. Aucun arbre n'est touché, et il n'y aura pas un mètre carré de gazon en moins. Simplement, une clôture paysagère (une haie en d'autres termes) empêchera les badauds d'approcher de trop près du bâtiment, ce que de toute manière, ils ne faisaient pas. Lorsque vous vous promenez dans un vaste parc avec le lac d'un côté et un bâtiment verdâtre plutôt moche de l'autre, vous allez raser les murs, vous ?
Ceci dit, le fait que les trotskystes n'aient aucunement le pouvoir de déclencher le chaos ultime ne les a jamais empêchés, depuis quelques décennies, de croire qu'ils l'avaient en préparant le Grand Soir.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/02/2009

Si ils veulent de la sécurité, qu'il aillent dans une dictature, il y en a déjà des centaines qui sont représentées 200 mètre plus haut. Si les ONG commences autant à craindre pour leur sécurité, qu'elles changent de statuts, par exemple "organisations mafieuses" ! Les genevois sont très larges, mais si on leur prend leurs parcs, ils risqueraient de devenir très étroits !

Écrit par : Avesh | 20/02/2009

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